
Il conviendrait aujourd'hui, comme hier, d'éduquer, de rééduquer et encore d'éduquer plus et mieux toutes les " parties " concernées dans cette situation de crise : touristes, développeurs, voyagistes, prostituées, dirigeants, autochtones, etc.
Une très lourde tâche, pourtant primordiale, si l'on désire conjurer de tristes destins. Et tenter de contenir l'épidémie du Sida qui, en Thaïlande, a officiellement tué 66.000 personnes en 1999. Cette même année, on recense dans tout le royaume 755.000 personnes porteuses du virus HIV (dont 13.900 enfants de 0 à 15 ans). Le nord du pays apparaît - proportionnellement à sa population - indiscutablement comme le plus affecté. Des chiffres à revoir sans cesse à la hausse. Ainsi, les données rapportées par le site web unaids.org (en janvier 2001) nous apprennent que le taux d'infection s'élève en Thaïlande à un peu plus de 2 % de la population adulte. Parmi les Commercial Sex Workers, ceux de Bangkok semblent être mieux protégés que par le passé ; par contre, les prostitué(e)s du Nord de la Thaïlande - tout comme leurs clients - apparaissent nettement plus exposé(e)s. D'autres batailles - autour de la législation - portent néanmoins des fruits plus ou moins mûrs. Et les choses commencent timidement à bouger même si cela ne correspond pour l'instant qu'à une goutte d'eau dans un océan de misère et de collusion… Prenons le cas de la lutte contre la pédophilie et des réelles avancées judiciaires, notamment en matière de poursuites dans le pays de l'accusé à propos de crimes commis à l'étranger (Seabrook, 2000). Ainsi, pour ne prendre l'exemple que de la France, la condamnation, le 20 octobre 2000, d'Amnon Chemouil à sept ans de prison (pour le viol d'une fillette de onze ans sur le sol thaïlandais), constitue-t-elle une avancée indéniable, quoique un peu symbolique, dans la lutte contre le tourisme sexuel. Rappelons que lors du procès Chemouil, Me William Bourdon, conseil de l'Association contre la prostitution enfantine, avait dit : " Cet homme ne peut et ne doit pas payer pour tous ceux qui n'ont pas payé " ; mais ensuite toutes les parties civiles représentées s'étaient entendues pour affirmer qu' " un visa pour la Thaïlande n'est pas un visa pour l'impunité " (Le Monde, 22-23 octobre 2000).
En France, l'évolution de l'arsenal juridique (avec la loi du 17 juin 1998, plus répressive en matière d'infraction de nature sexuelle) contribue à ce combat, et Chemouil a été le premier à inaugurer l'application de cette nouvelle loi. Pourtant, le constat reste amer : rien qu'en France, combien sont passés entre les mailles du filet de la justice, entre les étés 1998 et 2005 ? 50, 500, 5.000 ou 50.000 ? Funeste pronostic bien difficile à établir. La lutte contre cette forme abjecte de tourisme doit toutefois passer davantage par une meilleure éducation des voyageurs, une éthique plus responsable de la part des voyagistes, des campagnes de sensibilisation efficaces, plutôt que des verdicts spectaculaires ou exemplaires. C'est d'abord en amont que doit se mener le combat, en ensuite en aval. L'enseignement fondamental qu'il nous incombe de méditer plus avant si nous désirons efficacement combattre le fléau du tourisme sexuel à destination des enfants réside dans la prise de conscience globale stipulant que la plupart des gens qui e xercent des abus sexuels sur des enfants ne sont pas pédophiles, mais des personnes " ordinaires ". Désormais, un autre enseignement consisterait à prendre d'urgence conscience que la terrible banalisation du tourisme à des fins de vénalité sexuelles est telle qu'elle permet aujourd'hui toutes les dérives, toutes les hypothèses les plus sordides (par exemple, le trafic de nouveaux nés spécialement conçus pour intégrer dès la naissance des réseaux transfrontaliers de plus en plus denses de l'industrie du sexe)…
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