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Des sex-tours exotiques au tourisme sexuel à domicile Envoyer
Écrit par Franck Michel   

Des sex-tours exotiques au tourisme sexuel à domicile

Le tourisme sexuel japonais en Asie du Sud-Est s'essouffle selon ces auteurs pour au contraire se développer à domicile : les Japonais ne se rendent plus dans les salons de massage à Bangkok ou dans les bordels de Phnom Penh, ce sont les filles thaïlandaises ou cambodgiennes (entre autres, notamment des Coréennes, des Taïwanaises, des Philippines, des Chinoises) qui cherchent à s'établir au Japon pour " travailler ".

tourisme-sexuel01.jpgCes mouvements migratoires sont de nos jours en plein développement, et bouleversent l'idée " classique " que l'on se fait du tourisme sexuel. D'ailleurs, cette nouvelle et regrettable forme de mobilité contemporaine ne date pas d'hier mais des années 1980, lorsque la popularité des Japayuki-san ou " les filles étrangères venant au Japon pour travailler en tant que prostituées " s'est affirmée. Peu à peu, le nombre de ces Japayuki-san augmente très rapidement, le fait par ailleurs que les femmes japonaises voyagent de plus en plus n'étant pas non plus étranger à cette évolution… Le même phénomène, avec des situations différentes, est également en cours en Australie (comme un peu partout, dans une moindre mesure, dans le monde " riche " occidental), où de nombreuses filles d'Asie du Sud-Est, en quête d'un introuvable El Dorado, s'imposent comme de dangereuses concurrentes aux prostituées australiennes.

tourisme-sexuel04.jpgLes filles de joie japonaises ou australiennes sont hors de prix en comparaison des filles du sud-est asiatique, par ailleurs plus jeunes, les clivages Nord-Sud et riches-pauvres éclatent au grand jour et éveillent bien des frustrations. Les épouses japonaises, par exemple, semblent généralement résignées devant l'appétit sexuel pour l'Ailleurs de leurs maris, et considèrent avec renonciation ces " liaisons dangereuses " comme temporaires. Ces migrations s'inscrivent tout droit dans le contexte de la mondialisation, avec ce qu'elle incarne de pire : le trafic d'êtres humains s'apparentant au commerce des marchandises. On remarque au passage que les biens circulant plus facilement que les personnes dans notre planète mondialisée, il n'est pas étonnant de constater - dans un contexte mafieux (les Yakusa sont très impliqués dans le recrutement des filles thaïlandaises, et les filles arrivent évidemment " endettées ", autrement dit " enchaînées " à leurs bourreaux) et de corruption aggravée - que les femmes rabaissées à l'état de marchandises franchissent les frontières plus facilement que des êtres plus libres…

En Thaïlande, l'introduction de l'économie monétaire dans l'univers villageois des régions déshéritées a bouleversé l'ordre social : la prostitution peut ainsi faire rêver des filles qui savent qu'elle est et reste, parfois, le moyen de s'enrichir le plus " facile " et le plus " rapide ". Ce constat est tellement " vrai " qu'il entrave considérablement toute lutte efficace contre l'exploitation sexuelle des enfants ou des femmes dans certaines zones rurales du Nord et du Nord-Est du Royaume. Comme le soulignent Hisae Muroi et Naoko Sasaki, de nombreuses femmes en Thaïlande choisissent librement de travailler comme prostituées, un " travail " qui, comparé à d'autres emplois, permet des rémunérations beaucoup plus élevées : " Ceci est un facteur majeur conduisant les filles à quitter leur milieu rural pour aller travailler en secteur urbain, y compris dans l'industrie touristique.

tourisme-sexuel02.jpgBeaucoup de gens migrent pour obtenir des emplois et soutenir leurs familles. Ils migrent également pour gagner plus d'argent afin d'arriver à se procurer des biens de consommation " (Muroi, Sasaki, 1997 : 194). En Thaïlande, la soif consumériste autorise tous les excès, et les femmes et les enfants en paient toujours le prix le plus élevé. Le fossé économique entre nations impose un ordre mondial à la fois inégal et cruel. Et à domicile comme à l'étranger le désenchantement s'avère souvent terrible, comme l'atteste ce témoignage rapporté du Japon, extrait de propos tenus par une Thaïlandaise dont le statut est plus proche de l'esclave sexuelle que de celui de la simple travailleuse expatriée : " Il n'y avait pas d'usine où je pouvais travailler au Japon, mais seulement des pubs et des bars. Il y avait uniquement des hommes qui ne pensaient qu'à se soûler et avoir des rapports sexuels avec des étrangères. Pour moi chaque jour n'était que souffrance. Je devais coucher avec des hommes dont je ne savais rien. Si je n'obéissais pas aux ordres du manager du bar, j'étais battue. Pour les maîtres japonais, les femmes de Thaïlande étaient considérées comme inférieures aux animaux " (Cité in Muroi, Sasaki, 1997 : 211).
Dans un article au ton radicalement différent, Satoko Watenabe considère que les Thaïlandaises, travailleuses migrantes, ont profondément modifiées leurs modes d'être et de penser au contact de la société japonaise. Sachant parfaitement la mauvaise réputation de leur " profession ", les cinq femmes étudiées par Satoko Watenabe sont devenues prostituées professionnelles plus par choix délibéré que sous la contrainte, autant par besoin d'argent que par souci d'indépendance. Leur statut s'est finalement élevé, explique l'auteur, car l'argent gère leur devenir, et surtout leur offre une liberté chèrement acquise qui leur permet désormais de décider comme bon leur semble de leurs relations aux hommes, des affaires de mariage, bref de leur destin. Elles se seraient, grâce à la prostitution en terre japonaise, libérées de leurs chaînes, ce qui reste à confirmer… Elles passent cependant, aux yeux de leurs familles et de leurs proches, davantage pour des " stars " que pour des victimes : en effet, elles arrosent leurs familles, paient l'éducation des enfants, créent des entreprises dans leurs villages, financent des projets, construisent de belles villas, etc.

tourisme-sexuel03.jpgCes travailleuses du sexe ne se considèrent en rien comme des esclaves sexuelles, et Satoko Watenabe n'hésite pas à conclure, un rien provocante : " Partant de l'expérience des sex workers, la meilleure manière de 'protéger' leurs vies de l'exploitation et des abus consisterait à encourager la décriminalisation du travail sexuel et à légitimer les migrations pour de tels emplois " (Watenabe, 1998 : 123). AVEC c'est combattre le traficUne vision féministe mais surtout angélique, voire romantique, d'un travail qui reste, in fine, l'apanage d'une exploitation brutale de la femme par l'homme : où lorsque la femme devient le meilleur alibi de l'homme dans le cheminement de sa propre servilité. Encore et toujours, de la servitude volontaire… Partons maintenant ailleurs en Asie pour observer une situation des filles guère plus enviable.
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