
La Thaïlande, oasis de paix - devenue toute
relative, notamment la zone de Phuket, depuis l'attentat de Bali en
octobre 2002, et la volonté affirmée d'Al-Qaeda d'atteindre des "
cibles molles " en Asie du Sud-Est - au cœur d'un continent
actuellement voué à l'instabilité chronique et aux soubresauts
indéniables, bénéficie d'atouts certains qui expliquent en partie son "
succès " dans ce secteur de l'économie.
En dépit de sa face sombre qu'est l'industrie de sexe et de l'inquiétante proportion que celle-ci occupe au sein même de l'économie nationale. Mais que valent aujourd'hui des recommandations éthiques face à l'accumulation de chiffres tous plus prometteurs les uns que les autres : " A la fin des années 1990, près de 600.000 emplois relevaient directement du tourisme et la Thaïlande était de loin la première destination récréative en Asie du Sud-Est, ainsi que le principal lieu d'implantation des grandes chaînes hôtelières internationales dans la région. (…) Entre 1993 et 1998, le nombre de visiteurs est passé de 5,7 à 7,8 millions, soit d'une croissance d'un tiers en l'espace de cinq ans. Parmi ces touristes, 57,9 % sont asiatiques, 26,8 % sont européens, 6,8 % sont américains et 1,8 % proviennent du Moyen-Orient " (Formoso, 2000 : 152-153).
La manne financière qui en découle est très inégalement répartie et l'activité touristique se concentre selon un axe nord-sud ayant Bangkok pour centre : " Le pôle de pauvreté du Nord-Est, quoique riche en sites archéologiques, était complètement tenu à l'écart des circuits des voyagistes et était de ce fait non équipé " (Formoso, 2000 : 154). Sur ce " succès " repose également le terreau du tourisme sexuel qui, à ce jour, rapporte trop d'argent à tout le monde (l'Etat et les particuliers) pour que des voix dissonantes puissent se faire entendre dignement. Pour les filles prises dans l'étau de l'industrie du sexe, l'avenir s'assombrit de jour en jour, et ce ne sont pas quelques exceptions - l'alibi des abuseurs et des exploiteurs - qui enfreignent la règle. Erik Cohen explique que les filles entrées dans la prostitution ne résolvent pas leur situation de précarité mais, au contraire, l'exacerbe. Il insiste également sur le fait que, si d'aventure certaines filles s'en sortent effectivement financièrement, les ravages sur le plan psychologique et social sont quant à eux dramatiques et souvent irréversibles : " Pour la plupart, la prostitution offre une carrière marquée par des modèles de mobilité, accumulant les hauts et les bas, un rythme de longues périodes d'insécurité à la fois économique et personnelle " (Cohen, 1996 : 268).
Où en est-on aujourd'hui ? Loin des exagérations récurrentes, et citant notamment les travaux de Boonchalaksi et Guest (1994), Bernard Formoso avance le chiffre total de prostituées de " 200.000 à 300.000, soit tout de même de 8,3 à 12,5% des femmes de la tranche des 15-29 ans résidant en ville ; auxquelles s'ajouteraient de 25.000 à 30.000 filles de moins de 15 ans et de 30 à 50.000 garçons ou jeunes hommes qui satisfont la clientèle pédophile ou homosexuelle. Si l'on s'en tient à cette hypothèse basse, il y aurait au milieu des années 1990 de 250 à 380.000 travailleurs du sexe opérant en même temps " (Formoso, 2001 : 58). Selon d'autres estimations, plus de 200.000 enfants seraient aujourd'hui exploités dans l'industrie du sexe en Thaïlande, et la crise entamée en 1997 n'a fait qu'aggraver dramatiquement une situation déjà tragique depuis deux décennies : certains n'hésitent pas à avancer le chiffre de 600.000 enfants prostitués, en grande majorité des filles, pour la seule Thaïlande (Murthy, Sankaran, 2003 : 106).
Même si le chiffre paraît exagéré, il invite à agir ! A Pattaya, par exemple, un policier local affirme que le nombre d'étrangers venant acheter du sexe était en augmentation entre 1995 et 2000, et encore plus nettement depuis la crise de 1997 ; avant d'ajouter qu' " il y a davantage d'enfants qui veulent se vendre eux-mêmes, c'est donc plus facile pour les pédophiles " (Cité in Dernières Nouvelles d'Alsace, 20 octobre 2000). On assiste à une sordide course de vitesse où, d'un côté on voit une certaine prise de conscience du fléau et surtout un renforcement de la lutte contre le tourisme sexuel en particulier lorsqu'il concerne des enfants prostitués, et de l'autre on observe avec une inquiétante impuissance l'explosion du marché de la chair et la nette augmentation de la demande…
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