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Les prostituées locales et étrangères Envoyer
Écrit par ONG AVEC   

Les prostituées locales et étrangères

En Thaïlande, les prostituées sont jeunes et le plus souvent issues des zones rurales défavorisées du Nord et, dans une moindre mesure, du Nord-Est.

Des Cambodgiennes, Laotiennes et VietnamienneAvec les ravages du Sida, une prostitution plus clean a vu le jour, avec des " travailleuses " d'un niveau d'éducation plus élevé et provenant d'un milieu urbain. Le chercheur thaïlandais Phongpaichit a démontré que ces employées ou étudiantes s'adonnant à la prostitution sont d'abord soucieuses d'améliorer un quotidien " moyen " et de consommer un maximum selon les préceptes de l'idéologie officielle et libérale en vigueur dans le Royaume : les prostituées peuvent ainsi espérer gagner entre 180 et près de 1000 US$ par mois soit 2 à 8 fois plus qu'un autre travail (Phongpaichit, 1998 : 200-208).
Avec l'ouverture des frontières, la précarité des ménages, la guerre et la pauvreté des voisins " installent " un nombre croissant de filles étrangères dans l'industrie du sexe thaïlandais. Avec les Cambodgiennes, Laotiennes et Vietnamiennes, ce sont maintenant aussi les jeunes filles birmanes (notamment des minorités Tai Yai et Mon) et yunnanaises (sud-ouest de la Chine) qui viennent chercher " refuge " ou " fortune " au pays du sourire éternel… Ces dernières, âgées de 12 à 18 ans, sont très demandées depuis que certaines Thaïlandaises du Nord ont été persuadées - épidémie du Sida aidant - de choisir d'autres voies.

Prostituées issues des zones ruralesCes esclaves sexuelles, immigrées clandestines par ailleurs, représentent un inépuisable vivier pour le tourisme sexuel des enfants, sans oublier qu'ici comme ailleurs, " les travaux sexuels sont les mieux payés pour les enfants (6281 bahts par mois [environ 190 euros]) ; les enfants entrent en Thaïlande pour des raisons économiques, attirés par le désir de consommation et la corruption des autorités thaïlandaises " (Poona, 1997 : 4). Le tourisme sexuel s'inscrit clairement dans le contexte des nouvelles mobilités contemporaines suscitées par la mondialisation, il s'exporte et se transporte au gré de la demande : d'un côté, des femmes blanches, blondes de préférence, provenant d'Europe orientale ou de Russie, répondent aux exigences d'une prostitution de luxe à destination des hommes d'affaires asiatiques ; de l'autre, des femmes thaïlandaises sont toujours plus nombreuses à se prostituer au Japon, laissant ainsi le " bas œuvre " des bordels bon marché locaux aux Birmanes et Chinoises en quête de survie, de nourriture et de papiers.


Dans Sex Slaves, fruit d'une enquête sur l'exploitation sexuelle et le trafic des femmes à travers le continent asiatique, Louise Brown dénonce fortement ce commerce de la honte, sur fond de tourisme sexuel et de corruption latente, en donnant la parole aux femmes les plus silencieuses et abusées du monde. Leurs témoignages, à l'heure d'une mondialisation aux conséquences incontrôlables, révèlent l'univers sordide des jeunes filles enlevées ou vendues dans leurs villages reculés, la vie dans les bordels, les coups des mamasan, l'hypocrisie des clients, le drame du Sida et, toujours, le sort des femmes humiliées et laissées à elles-mêmes, dans le désespoir souvent le plus total (Brown, 2000). Les filles sont effectivement exploitées, parfois vendues sous contrat par leur famille, quelquefois même enlevées et forcées au travail dans des conditions d'esclavage.

Enquête sur l'exploitation sexuelleRappelons ici qu'une certaine forme de prostitution forcée, héritée de l'esclavage pour dette du XIXe siècle, perdure ici ou là en Thaïlande, dans les poches de pauvreté extrême. Vendues ou " mises en gage ", sinon en cage, ces filles sont d'authentiques esclaves sexuelles, parfois sans le savoir et sans que leurs parents - qui les ont vendues délibérément - ne le perçoivent ainsi… La situation de maintes régions, plus vulnérables car plus misérables, en devient parfois tout simplement catastrophique : " Dans certains villages, la quasi totalité des filles en fin de scolarité obligatoire, et âgées de douze à quinze ans, deviennent des prostituées ", rapporte Mayuree Rattanawannatip pour le compte du quotidien The Nation (29 juin 1990). La pauvreté reste sans doute la plus grande source de vocations, comme le laisse également entendre la journaliste du Bangkok Post, Sanitsuda Ekachai : " La prostitution est une activité banale parmi les jeunes femmes de certaines régions du Nord. Elle est devenue une source de revenus majeure et la 'clé de la survie' de l'ère moderne " (Sanitsuda, 1993 : 128).
Cela dit, il convient de noter la forte variabilité de l'univers de la prostitution en Thaïlande : en effet, rien ou presque - à l'exception de l'oppression masculine dans la société - ne semble rapprocher l'étudiante qui se prostitue occasionnellement au cœur de Bangkok afin d'assouvir son envie de posséder le poElle est en manque économique et il est en manque affectifrtable dernier cri à la mode et la fille abandonnée de tous contrainte dans le seul but de survivre à se prostituer dans un bordel sordide aux confins birmano-thaïlandais… De la même manière, observe-t-on une importante distinction entre celles qui s'en sortent - par le mariage, notamment avec un Farang, ou grâce à une réinsertion aisée et réussie par exemple lors d'une " réinstallation " dans le village d'origine - et celles qui sombrent sans espoir de retour, par la maladie (Sida, drogues…) ou encore sous l'effet des multiples formes de désespoir et d'autodestruction, si fréquentes dans le milieu glauque de la prostitution. En tant que puissant vecteur de la mondialisation, le tourisme génère son lot de représentations de l'Autre et de l'hôte, le tourisme n'échappe en rien à cette altérité en mouvement : " La prostitution en Thaïlande procède toujours d'un rapport à 'l'étranger'. Celui-ci peut être du proche ou du lointain, mais il vient d'ailleurs, à l'aune d'une pratique inscrite dans la mobilité. Le tourisme entre dans ce schéma, tout comme le Farang endosse involontairement les habits du 'riche' polygame " (Formoso, 2001 : 67). Mais tout comme la travailleuse de sexe est en manque économique, le touriste sexuel est lui en manque affectif et/ou psychologique, et son problème d'identité l'autorise - selon lui - à profiter sexuellement d'une " pauvre " Thaïlandaise : cette dernière a quelque chose de " plus " qu'il ne supporte pas, d'où le dernier recours, via le porte-monnaie, à l'exploitation sexuelle de lMises en gage ou en cage, elles sont des esclaves sexuelles'Autre, de celle (ou celui) qu'on n'atteint pas. L'homme, d'autant plus s'il est fortuné et blanc, ne supporte pas de vivre dans l'ombre de la femme ! Il asservit pour exister. Il s'invente une identité en niant celle de l'Autre en face. Un reflet de notre époque sans doute. Comme l'écrit admirablement Susanne Thorbek, même si le touriste sexuel conserve ses préjugés et ses stéréotypes d'antan sur la femme asiatique, il est en même temps " l'homme postmoderne par excellence " (Thorbek, Bandana, 2002 : 39).AVEC c'est combattre le trafic