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Enfances décomposées Envoyer
Écrit par Le Monde diplomatique, Claire Brisset   

Enfances décomposées c'est quoi

Il est des " prostitués " qui n’ont pas cinq ans. Quelques-uns sont même des nourrissons . Un million d’enfants rejoignent chaque année, dans le monde entier, les rangs des victimes du tourisme sexuel et de la prostitution organisée.


Plus de cent gouvernements ainsi qu’Interpol et de nombreux représentants de l’industrie touristique conscients du dévoiement de leur activité ont déjà annoncé leur participation. Les faits étaient connus depuis bien longtemps, et chacun semblait prendre son parti de voir Manille, Bombay ou Bangkok transformées en vastes bordels.

Certes, entendait-on, peut-être ces centaines de milliers de victimes ne sont-elles pas toutes consentantes, mais du moins ont-elles un emploi ; certes, quelques-unes d’entre elles semblent très jeunes, mais en Asie la maturité vient si tôt...

Des enfants ? Mais qu’appelle-t-on un enfant ? Quinze ans ? Douze ans ? Allez savoir ! Huit ans ? Cinq ?

C’est là que survenait, que survient encore, la dénégation. Or l’aveuglement n’est plus possible tant ce marché est devenu massif, envahissant, alourdi chaque année de nouveaux témoignages. Les clients des prostituées craignent tant le sida qu’ils les recherchent de plus en plus jeunes, les pensant ainsi non contaminées. C’est ignorer l’habileté et le goût du lucre des souteneurs qui, louant très cher les services d’enfants vierges, leur font refaire à plusieurs reprises des " virginités " hautement rentables.

C’est ainsi que l’on compte en Thaïlande, environ 300 000 enfants de moins de seize ans travaillant dans des bars et des maisons closes. Hermétiquement closes puisque ces enfants, dont la majorité ont été enlevés ou achetés dans le nord du pays partie la plus pauvre de la Thaïlande, peuplée de minorités sont enfermés de jour comme de nuit. Ils sont d’abord livrés, dans une chambre gardée, à leurs premiers clients, qui défileront au rythme de dix à quinze par jour. Pour la plupart, ces rapports sexuels contraints s’accompagnent de coups et de mauvais traitements de toutes sortes. Mme Marie-France Botte, une jeune assistante sociale belge, est parvenue, au péril de sa vie, avec des équipes thaïlandaises, à faire libérer 1 400 enfants des maisons closes de Bangkok : " On les viole, on les affame, on les brûle avec des cigarettes, on les blesse à coups de ceinture, voire à coups de couteau, on les torture parce qu’ils ne veulent pas du soi-disant ``nouvel amour``. Et, au bout du chemin, on les laisse crever de ces mauvais traitements et du sida.

" Ce " nouvel amour " est celui que les pédophiles, occidentaux ou non, prônent inlassablement et qu’ils mettent en pratique, au mépris de toutes les lois. Certes, la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant (20 novembre 1989) prévoit l’interdiction de toute prostitution enfantine. Certes, le code pénal français punit de cinq ans de prison les relations sexuelles rémunérées avec un enfant de moins de quinze ans, et de vingt ans de réclusion criminelle toute " atteinte sexuelle " sur un mineur de moins de quinze ans " commise avec violence, contrainte ou surprise ".

Source : Le Monde diplomatique, Claire Brisset