Nos six axes d’intervention pour protéger les enfants du Cambodge
Au Cambodge rural, un enfant qui disparaît ne fait pas les gros titres. Il ne fait rien du tout. Il disparaît, c’est tout. Personne ne le cherche, parce que personne ne savait vraiment qu’il existait.
Nous avons appris à repérer le moment où une fillette bascule. Cela se joue entre onze et treize ans. Une mère qui meurt. Un père parti à la frontière et qui ne revient pas. Un voisin qui passe proposer « un travail à Phnom Penh ». En quelques semaines, elle n’est plus là.
Depuis vingt ans, AVEC intervient avant ce moment. Pas après. Pas en réaction. Et nous avons construit, temps après temps, six lignes de front pour ne plus perdre un seul enfant.

Détecter : repérer les enfants à risque avant qu’ils ne disparaissent
Notre premier front est humain. Un maillage d’enseignants, d’infirmières de village, de chefs communautaires, de moines. Des gens qui vivent là depuis toujours et qui savent, parce qu’ils savent. Quelle famille boit trop. Quelle fille n’est plus venue à l’école depuis trois jours. Quelle maison a reçu un visiteur qu’on ne connaît pas.
Chaque signal remonte. Chaque signal est vérifié, dans le cadre strict du droit cambodgien, avec les autorités locales. Ce travail ne produit pas de photos spectaculaires. Il produit des enfants qui ne disparaissent pas.
Prévenir : soutenir la scolarisation dans les écoles publiques rurales
Le front suivant, c’est l’école publique. Dix-sept pour cent des enfants cambodgiens travaillent avant l’âge légal. Le décrochage scolaire des filles a presque doublé en deux ans. Un enfant qui décroche à neuf ans est un enfant que plus personne ne verra passer.
Nous ne construisons pas d’écoles parallèles. Nous renforçons celles qui existent. En 2025, nous avons accompagné 660 élèves dans les écoles rurales de la région, distribué 3 000 kilos de riz, 2 886 cahiers, 350 cartables. Des gestes matériels banals. Mais ce sont eux qui retiennent un enfant à son pupitre quand tout le pousse à sortir.
Maintenir : parrainer les plus fragiles jusqu’au premier emploi stable
Au troisième front, nous nous accrochons aux enfants les plus fragiles, ceux dont la vie se joue entre onze et quatorze ans. Ceux dont la famille ne peut plus payer. Ceux qu’on propose déjà de marier. Ceux qu’on propose déjà d’envoyer « gagner leur vie » à la ville.
Nous nous engageons auprès d’eux pour la durée qu’il faudra. Pas un trimestre. Pas une année. Jusqu’au diplôme, si possible. Jusqu’au premier emploi stable. En 2025, toutes nos bourses universitaires ont été validées. Aucun décrochage. Cent pour cent.
Protéger : accueillir au refuge quand tout le reste a échoué
Parfois la détection arrive trop tard. Parfois la famille est elle-même le danger. Parfois il n’y a plus personne. C’est pour ces cas-là que nous avons construit le refuge à Battambang. Une maison arborée que les voisins appellent « l’île aux enfants ».
Vingt-six enfants y vivent aujourd’hui, âgés de neuf à vingt-sept ans. Hébergement, scolarité, santé, suivi psychologique. Moins de huit dollars par enfant et par jour, pour tout cela réuni.
Sreyleak est arrivée ici à douze ans, sans scolarité, après la mort de sa mère. Aujourd’hui elle est infirmière diplômée, major de promotion, en formation de sage-femme. Elle a écrit un livre. Ses deux sœurs sont au refuge avec elle : l’une prépare un master d’informatique, l’autre un bachelor de comptabilité. Ce n’est pas une exception. C’est notre méthode.
Former : ouvrir le centre d’éducation à toute la communauté rurale
Protéger des enfants un par un ne suffit pas. Autour d’eux vivent des milliers d’autres jeunes qui, sans éducation, deviendront à leur tour les proies faciles du trafic et de l’exploitation. Nous avons donc ouvert nos portes au-delà du refuge.
Chaque jour, près de 800 enfants et jeunes de la région rurale traversent notre centre pour suivre des cours d’anglais et d’informatique. Ce ne sont pas les enfants du refuge. Ce sont les voisins, les camarades d’école, les frères et sœurs de ceux que nous avons accueillis. L’éducation est la première protection contre l’exploitation. Et la seule qui se transmet.
Autonomiser : donner aux jeunes femmes un métier qui leur appartient
Notre dernier front s’adresse aux jeunes femmes isolées, mariées trop jeunes, mères célibataires, en situation d’extrême pauvreté. Un an de formation au centre d’AVEC : coupe, couture, stylisme, esthétique, gestion. À la sortie, chacune repart avec une machine à coudre et un métier entre les mains. Un outil de travail qui tient dans une pièce. Une autonomie qu’aucun mari, aucun voisin, aucun recruteur ne peut plus leur reprendre.
Ce programme nourrit aussi Femmes des Rizières, la marque textile que nous avons co-créée avec l’association WeCare à Zurich. Ce que les diplômées tissent ou cousent se vend, se porte, se transmet. Leur travail devient visible. Leur dignité aussi.
Notre garantie : vingt ans de terrain, des comptes audités, aucun relâchement
Vingt ans de terrain. Une gouvernance entièrement bénévole en Suisse. Aucun budget publicitaire. Quatre-vingt-quinze francs sur cent qui arrivent directement aux enfants. Des comptes audités chaque année par un cabinet indépendant.
En décembre 2025, alors que des avions survolaient le refuge et que les explosions secouaient les murs pendant le conflit frontalier, nous n’avons fermé aucun jour. Aucun cours n’a été annulé. Les enfants d’AVEC peuvent compter sur nous. C’est tout ce qui compte.
Vous êtes arrivé jusqu’ici
Cela veut dire quelque chose. Quelque part dans la province de Battambang, une fillette de douze ans attend. Pas vous. Pas personnellement. Mais quelqu’un qui, quelque part, décidera d’agir.
Et ce quelqu’un, aujourd’hui, c’est vous.
Ce que nous retiendrons de ce refuge, c’est la joie et les rires des enfants: ces enfants qui tous reviennent de loin, ont tous vécu des choses très difficiles, ont retrouvé ici leur enfance…


